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samedi 3 février 2018

Trisomie 21 My Great Blue Cadillac Rockstore Montpellier 25 janvier 2018

T21, cela dira quelque chose aux moins jeunes et aux Nordistes parmi nous. C'était l'un des fleurons de la Cold Wave française, l'un des rares courants du Rock national qui atteignit une reconnaissance critique à l'étranger. Le groupe des frères Lomprez avait résisté longtemps, jusqu'à un arrêt en 2010, interrompu par la sortie d'un nouvel album l'an dernier.
Dans la grisaille hivernale, le court trajet au Rockstore faisait rejoindre une affluence assez fournie, largement quadragénaire voire plus, restée fidèle à ses souvenirs. Le merchandising proposait beaucoup d'extraits de la longue discographie des Hennuyers.

Nos Montpelliérains de MY GREAT BLUE CADILLAC font parler d'eux depuis quelques années, ne serait-ce que pour avoir été tout de suite signé sur un label étranger, mais sont loin des styles musicaux qu'on présumerait sous ce nom. C'est un couple à la ville qui s'est lancé avec une basse et un petit set de batterie. La ressemblance avec les White Stripes s'arrête là cependant. Peu engagé au départ par l'arrivée du chanteur sous sa capuche illuminée par une guirlande intérieure (!!!) derrière un petit mégaphone, je me suis coulé ensuite peu à peu dans l'échange des deux amants face à face, vêtus de robes noires, leurs visages teints également en noir, lui commençant à la batterie et au chant et elle avec la basse qui fuzzait gravement. Leur Post-Punk glacial aux rythmes ternaires est original, oppressant bien que les vocaux soient placés haut et ne ménagent pas leur puissance déclamatoire. Cela rappelle l'esprit créatif et arty des premiers temps de cette scène. De loin, on pouvait comparer à la théâtralité absurde de Christian Death ou Virgin Prunes, sans l'y affilier strictement. Une pointe d'Industriel est présente, diffuse mais persistante.
Quand ils échangèrent leurs instruments et leurs rôles le temps de deux titres, l'intérêt grandit d'autant que cela ne nuit nullement à la force de la basse comme aux coups de toms. Le fuzz donnait assez d'énergie pour rendre une guitare superflue, cela sans nuire à la clarté des notes des passages plus rapides. Survint un moment étrange où, tout en continuant ses vocalises, lui demanda à l'assistance de se rapprocher en tendant des doigts d'honneur pour prendre une photo. Hanté, inédit, ce duo peut se trouver un public par sa singularité pas tout à fait en rupture avec une certaine tradition.

TRISOMIE 21 se présenta en trio, devant une illustration blanc sur noir qui ne fit que se déplacer lentement tout au long du set. Philippe Lomprez, peu intéressé par les concerts, était vêtu très banalement et se cala devant un lutrin. Son frère avait ses claviers et ordinateurs installés sur l'un des plateaux élevés sur la scène et assurait aussi la basse. Toute la batterie était samplée, y compris les parties originellement jouées sur de vraies peaux.
Qu'il s'agisse d'anciens titres ou d'extraits d'"Elegance Never Dies", leur New Wave entraînante et déprimée montre tous ses charmes avec le son amplifié du live. Les finesses des superpositions de synthétiseurs, la rondeur de la basse restent typiques de cette époque, même si les nouveaux morceaux sont plus dépouillés et cherchent plus l'efficacité directe. La guitare y participe. Tenue par Gregg Anthe en personne, lui-même meneur des mythiques Morthem Vlade Art et plus récemment In Broken English, le line-up actuel a de la gueule ! Autre trait constant, les titres assez brefs pour le style se terminent toujours sèchement, sans effets particuliers pour parachever des compositions de grand talent.
Le timbre nasal et faible de Philippe Lomprez, vont bien avec ce style de musique, en fin de compte, comme son manque de charisme et ses poses de timide qui essaie. À l'instar de Mark Burgess ou Martin Gore, les compositeurs inspirés de la New Wave la plus sombre ont la personnalité introvertie qui va avec, tout est exprimé dans leurs créations. Cela ne l'empêcha pas de faire un peu d'humour. Son frère Hervé disparut soudain en coulisses avant de réapparaître au milieu de l'assistance avec sa basse, pour jouer un titre récent repris en chœur par le public. Inoubliable.
Les grands classiques de T21 étaient tous là, le premier par la sublime ballade Electro en français "Il se noie" (surgissement de portables pour filmer…). Mais aussi le recueillement consensuel et un peu remuant de "Breaking Down", vieux titre parmi les plus simples, ou le fort tube instrumental "la fête triste" par Hervé Lomprez seul sur son piédestal de synthés, un peu charrette sur le tempo cependant (rangez vos téléphones et vivez directement l'instant présent, Bon Dieu !)… Le temps passait sans qu'on s'en rende compte et à l'instar des morceaux cela s'arrêta un peu par surprise, avant de revenir clore la visite par l'attendu et circonstancié "the Last Song" qui fit danser beaucoup de monde avant l'ultime acclamation.

La bonne pluie glacée qui attendait au-dehors une affluence rapidement dispersée semblait commandée exprès pour couronner une soirée aussi mélancolique.


mercredi 31 janvier 2018

Scott Kelly John Judkins Black Sheep Montpellier 21 janvier 2018

Deux mois sans concert ! Vous m'avez manqué. Un tel hiatus, par la faute d'une annulation, ne m'était pas arrivé depuis longtemps. Cette reprise allait se faire en douceur dans la cave du Black Sheep où je vous ai déjà souvent emmenés. Scott Kelly, pour les ignorants, est l'un des cofondateurs de Neurosis. Il a déjà pondu trois albums solos en parallèle, et je l'avais déjà vu en tournée solitaire il y a quelques années dans une autre cave de la ville. Cette fois, il est venu en Europe avec John Judkins de Rwake pour l'accompagner.
L'affluence était moyenne, une demi-salle, et ratissait le carré des fans de Neurosis sur la ville et à l'entour, à peu près le même nombre qu'en 2011. Un peu de merch et des vinyls étaient proposés aux chalands.

Mais avant il fallait découvrir SPHÈRE GRISE. Ce projet est porté par une seule jeune femme, avec une guitare semi-acoustique jouée de la main gauche. Le style se révélait assez vite, au contraire du tempo très lent. Ce drone mono instrumental faisait assez bande originale d'un film restant à inventer, et laissait paraître beaucoup plus de mélancolie que d'obscurité crasseuse du fait de la clarté des notes… On frôlait une NéoFolk ralentie. Quelques larsens s'échappaient de l'ampli, évidemment trop près à moins que ce fût voulu. L'avancée à pas comptés, accord après accord, dévoilait l'expression douloureuse d'un cœur écorché vif plutôt que banalement embrumé dans l'herbe.

Je n'avais jamais entendu parler de CROW, autre formation locale regroupant pourtant deux personnalités connues sur la place. Toujours dans la lumière rouge, mais assis, eux venaient dispenser une vraie Folk instrumentale, une guitare contre une basse. Cette fois le ton était sensiblement plus enjoué bien que restant tranquille. L'accroche venait par la qualité des compositions, assez travaillées et tendues en réalité. Leurs structures rappelaient fortement celles du Post-Core à la Neurosis ou Cult of Luna, comme une fin du monde au pied modeste, laissant voir ses mélodies par une orchestration réduite un dimanche soir d'hiver au coin du feu… et comme une bonne transition vers le clou de la soirée. À suivre, sans doute.

Il était assez tard quand SCOTT KELLY & JOHN JUDKINS investissaient enfin la scène. Kelly demeura debout, et Judkins s'assit comme simple accompagnant. La musique prenait une autre dimension ne serait-ce que par l'emploi, enfin, de paroles par-dessus. L'anglais de Kelly est très compréhensible, ses histoires simples et vraies de Bluesman transportent dans l'Amérique profonde. Si bien qu'un complet silence s'installa peu à peu quelque temps. Issu pour sa part du pays du Blues, Judkins se limitait à poser quelques notes électriques discrètes, mais essentielles, pour affiner les émotions transmises par une simple guitare et par cette voix grave, qui modulait parfaitement son potentiel de puissance pour chanter le Blues comme s'il avait fait ça toute sa vie… ce qui est peut-être le cas sans qu'on s'en soit rendu compte, en fait. Quand une larme semblait couler de son œil droit, il fallait croire qu'il peut être encore bouleversé, lui aussi, par ce qu'il donne chaque soir. Un seul passage exigea un petit surcroît d'énergie, tout de suite sensible. Son compagnon de tournée finit par appuyer quelques passages de chœurs suaves retenus et de complainte grave en expérience lentement racontée, le set atteignait l'heure, soit bien plus que la première fois. Quelques plaisanteries légères détendaient le cafard rongeant nos oreilles, sans pour autant briser l'ambiance. Le rappel prévu en réserve fut rapidement accordé, pour un titre assez court mais toujours dans le ton.

Cette facette plus intime de Kelly méritait le détour, dérivant loin de l'univers de son groupe principal sans le trahir pourtant. Parfait pour clore dans la quiétude un dimanche de janvier.

dimanche 3 décembre 2017

Ulcerate Pavillons Sauvages Toulouse 18 novembre 2017

À peine la claque Death Metal de l'année prise ici, il fallait repartir là-bas pour revoir le groupe qui a ouvert la brèche créatrice entrevue dans le genre ces dix dernières années. Pour des raisons pratiques, je me suis rendu en effet à Toulouse plutôt que de retourner au Jas'Rod. Passer du calisson au cassoulet en si peu de temps donne l'illusion de faire de grands voyages exotiques !
Après avoir écumé une demi-douzaine de lieux de concerts dans l'agglomération, je ne connaissais pas encore les Pavillons Sauvages, lieu associatif pour les "jeunes", écolo et musical, sis dans les faubourgs pavillonnaires au nord de la ville, près du débouché du Canal du Midi et de la station de métro la plus sûre du monde, qui donne sur le parvis du commissariat central. Comme il faisait froid et que le son qui sortait de la porte indiquait que cela avait déjà commencé, je suis rentré directement dans la villa puis la salle du fond après avoir versé ma participation en chemin.

Pour ce format de concert, il y avait pas mal de monde dans la pièce, face à une scène assez élevée où jouaient les Polonais d'OUTRE. Je n'avais pas regardé à quoi ressemblaient les premières parties, et j'ai constaté en un instant qu'en fait il s'agissait d'une tournée à dominante Black, avec un public à l'avenant.
Sous leurs capuches et warpaints estompées (à part le batteur), les cinq goules envoyaient un Black à la Mayhem ou Deathspell Omega, avec le son necro comme il faut mais pas inaudible, les riffs délayés mais les blasts bien présents. Sans être Attila, le chanteur s'écartait souvent des vocaux criés pour tenter des vocalises assez pertinentes, tout en luttant contre les trahisons du micro. Pendant les parties instrumentales il prenait toujours la même pose accoudé sur son genou, scrutant fixement l'assistance ce qui provoquait à mesure un certain malaise. Étrangement, tous préféraient le poing levé aux cornes. Malgré quelques longueurs à mon sens de touriste du Black, il y avait un certain intérêt musical à la chose, sous une lumière toujours rouge.

Pendant la pause, la nuée de tabac enveloppant l'entrée où se tenaient le bar, le stand et quelques tables pas chères et sièges récupérés me rappelait une époque devenue bien lointaine à présent, où c'était le lot dans bien des bars et autres petits concerts.

À première vue les autres Polonais de BLAZE OF PERDITION étaient très ressemblants, sous le même éclairage rouge, à part qu'à quatre ils avaient plus de place (le chanteur est aussi bassiste et inversement). Musicalement les différences étaient pourtant notables : le son était sensiblement plus propre à tous les niveaux si bien qu'un petit sample de guitare acoustique faisait son effet, les riffs étaient plus complexes et recherchés, c'était même presque mélodique. Cependant, les compos étaient sensiblement plus longues encore et je me suis donc perdu à chaque fois, malgré ces avantages et une agressivité assez présente pour balayer les pires accusations. N'arrivant pas à rentrer dedans, j'ai rendu les armes vers le début du dernier titre aussi long que les autres.

Avec le changement de plateau assez long, il devenait clair que l'horaire de fermeture officiel n'allait pas être tenu, ce qui serait sans importance compte tenu de la longueur des nuits toulousaines. Cela laissait le temps d'examiner le merch', par exemple, assez fourni – ce qui n'a pas toujours été le cas pour Ulcerate.

ULCERATE, cela commence à être une vieille histoire, depuis le premier album et in vivo depuis huit ans quasiment au jour près à quelques encablures de là au Bikini, quand ils n'étaient qu'une première partie curieuse avant Krisiun, Nile et Grave… À présent ils sont suivis d'un certain nombre de groupes disciples et d'une nuée d'adorateurs. Les fans de Black leur laissaient d'ailleurs plutôt les premiers rangs et se retiraient plus derrière, à l'inverse de la configuration pour les deux premiers groupes.
La surprise ne joue plus mais le phénomène explosa encore en quelques mesures. La formule à trois en place depuis quelques saisons forme maintenant l'un des plus terribles maelstroms musicaux en activité, et l'une des plus belles illustrations que ça peut marcher bien mieux ainsi qu'à quatre ou plus, contrairement à ce que je croyais à leur sujet il y a encore cinq ans.
La guitare de Michael Hoggard saisit en premier, avec ce son puissant à forte réverbération (encore audible pendant les intermèdes), car en s'inspirant à l'origine du Post-Core il a emmené le Death Metal vers de nouveaux territoires, des ambiances qui n'attendaient que d'être, par un riffing au mitan des deux styles. À mesure la formule s'est améliorée par le temps et la symbiose grandissante entre les trois compères pour dépasser le croisement astucieux de styles. Une parenté existe avec un certain Black par cette noirceur oppressante, spirituelle sans être religieuse ni occulte.
Le growl y participe également en transmettant ce feeling très sombre, vis-à-vis parfait de la guitare en y ajoutant même l'agressivité, visible sur le visage Paul Kelland avec cet invariable éclairage rouge… Le mutisme entre les titres est devenu une marque également, compensé par une expression physique plus forte qu'avant, ils vivent leur musique dans la tension de leurs visages, leurs mouvements à peine bridés par une interprétation exigeante. La basse, d'ailleurs, était comme toujours parfaitement distinguable dans ce chaos redoutablement organisé. Il faut saluer à ce stade la qualité du son, qui était aussi bon que dans une salle de professionnels chevronnés du style, d'autant que je venais avec un mauvais a priori sur ce point. Reste que le plus incroyable demeura encore Jamie Saint Merat, la tête en étau dans son casque, qui assure avec une fluidité écœurante des parties fort complexes. Et ce en frappant fort comme un vrai batteur de Death des anciens temps.
Paul prit enfin la parole pour annoncer le classique titre final "Everything is Fire", rappel vite accordé au terme d'une expérience d'une heure environ et d'une set list qui avait parcouru tous les albums (à part le premier) dans le désordre, en guise de fin d'une prestation à nouveau dantesque.
En tournant avec des groupes de Black il me semble qu'ils auront conquis de nouveaux fans, et pas seulement parce que dans un pays de Rugby comme Toulouse on respecte les Néo-Zélandais ! J'attends encore qu'ils me déçoivent une fois.

mercredi 29 novembre 2017

Dying Fetus Psycroptic Beyond Creation Disentomb 15 novembre 2017 Jas'Rod Pennes Mirabeau

Après quelques mois de disette et d’errements éclectiques qui auront pu inquiéter certains lecteurs, j’allais enfin revenir embrasser mes vieilles amours putrides, le Death aux multiples formes. Avoir deux groupes dont vous êtes fan le même soir, c’est rare et c’est l’assurance de passer une excellente soirée, mais trois à la suite ! Cela ne m’était jamais arrivé. Les échos de la tournée, déjà bien entamée, promettaient une énorme tarte.
Le Jas’Rod a donc repris un agenda métallique aussi dense qu’à la vieille époque, à la suite de l’évolution du Korigan vers d’autres activités. Il n’y a qu’à voir les affiches de programmation. Et c’est bien car c’est une salle adroitement conçue, on a toujours l’impression d’être près de la scène.
Pour une fois, il y avait une affluence correcte pour du pur Death Metal, la qualité de l’affiche le justifiait. Oh, ce n’était pas complet et beaucoup de gens étaient venus d'assez loin, mais cela rappelait qu'il y a encore un public de passionnés pour ce style au-delà du revival de la vieille école à la suédoise. Le stand de merch’ était d'ailleurs bien fourni en vêtements, accessoires et restes de séries d'albums, à un prix globalement plutôt bas.

Je ne connaissais guère DISENTOMB, quatre Australiens qui avaient la lourde tâche d’ouvrir le bal des brutes. Leur style très gras remplit très bien la mission. Pour situer rapidement, cela me semblait entre Cannibal Corpse et Disgorge, avec des relents du Suffocation des débuts. Le growl était bien placé, bien guttural mais point porcin, et des riffs assez classiques mais de bonne qualité s’enchaînèrent jusqu’à entraîner les premiers pogos, assez mâles. Les changements de rythme étaient suffisamment présents et l’absence de solos ne pesait pas. Pour une fois, j’arrivai même à très bien comprendre de l’anglais australien quand le growleur faisait ses annonces. Le temps passait sans se faire sentir, il fallait se rendre à l’évidence que Disentomb est plutôt dans le haut du panier. Non pour son originalité, ni pour un trait technique ou sonore quelconque, mais parce que c’est pas mal sur tous les points, si bien qu’au final il fait du Death brutal mieux que pas mal d’autres. Les grands passionnés le confirmeront sans doute. Au bout d’une demi-heure, tout le monde était chaud.

Fan de BEYOND CREATION, je ne les avais pas manqué l’an dernier sur leur première tournée en Europe (premier report pour Metalnews, allez revoir). On pouvait s’attendre à un show assez proche pendant qu’ils refaisaient quelques rapides balances où leur niveau technique se laissait déjà voir. Après un check de poings collectif, et l’installation discrète du téléphone de Kevin Chartré en caméra pour des copains en ligne restés au pays, les Montréalais attaquèrent par un long titre, des plus marquants du premier album. C’était impressionnant de voir combien ils étaient en symbiose tout en jouissant chacun d’une maîtrise à dégoûter les débutants, le plus visible étant Philippe Boucher derrière à la batterie. Les instruments sans tête des trois autres gardent quelque chose d’intriguant, cela reste plutôt rare. Simon Girard recourut bien sûr au français pour s’exprimer, et même pour les paroles du deuxième titre dont les intonations propres à notre langue commune ressortaient mieux que sur la version studio, sans gâcher pour autant une musique si propice au dégonflement express à la première faute de goût.
Le répertoire se cala à partir d’ici sur le second album, plus varié, bien qu’un autre titre du premier soit encore interprété plus tard. La fosse se calma, tout le monde badait la démonstration de jeu et la qualité des morceaux – cette intro en tapping ! L’effet découverte ne joue plus, toutefois c’est en accumulant ces performances que le groupe s’est rapidement hissé au premier rang de l’inépuisable scène technique Québécoise. Et pourtant, le son était critiquable, trop agressif et surtout bien mal mixé. En étant vers le centre droit de l’assemblée, la basse de Hugo Doyon (en face) dominait tout et la guitare de Kevin Chartré (de l’autre côté) ne s’entendait que fort peu. Et encore il valait certainement mieux être dans mon cas que du côté des spectateurs de l’aile gauche qui ont dû pâtir de l’inverse, car une bonne basse à la ligne propre est importante dans le Death technique et spécialement chez Beyond Creation. Les éclairages, par contre, resteront les mieux faits de la soirée avec leurs jeux assez raffinés.
Omnipresent Perception/ L'exorde/ Earthborn Evolution/ Neurotical Transmissions/ The Aura/ Fundamental Process.

On sait combien les PSYCROPTIC aiment PanterA, qui vint comme par hasard meubler l’interlude et dont ils s’amusaient à reprendre les notes en cours de réglages. Ces autres Australiens tournent si souvent en Europe que j’avais décidé sans remords de faire l’impasse sur leur dernier passage début 2016 en sachant que l’occasion reviendrait vite, d’autant que c’était la cinquième fois que je les voyais. La première était même en ces lieux il y a dix ans et demi. Au fil des ans ils ont dépassé la reconnaissance d’un petit cercle de fans pour devenir un classique du style. Il faut dire que tant les bourrins que les technicistes et les amateurs de Power Thrashcore années 90 peuvent s’y retrouver.
Comme cela était déjà arrivé en 2010 au moins ce n’est pas Jason Peppiatt qui assurait le chant pour cette tournée. J’ignore qui était ce grand growleur avec son t-shirt parodique de Darkthrone, mais il savait tenir le public comme un professionnel. De plus, son timbre corrigeait les aigus difficiles du titulaire et donnait ainsi un ton plus lourd, plus puissant et consensuel à l’ensemble des titres interprétés. Il n’est donc pas pour rien dans le succès du set, la fosse se réanimant après le coup d’arrêt Techno-Death précédent. En plus cette fois, le son revenait à un volume plus mesuré et à un mix correctement équilibré permettant de profiter de la double de David Haley sans se faire trop mal aux tympans. Son frère Joe distillait les riffs typiques du groupe, tirant la gravité Death vers une accroche propre au ThrashCore de jadis.
Après avoir consacré l’essentiel du set à des morceaux extraits des deux derniers albums, l’arrivée du plus rapide "Ob(Servant)" déchaîna complètement les pogoteurs malgré les glissades sur la bière renversée. La suite avec le vieux titre emblématique "The Color of Sleep" emballait les vieux fidèles et ne pouvait que séduire les autres avec ses riffs épiques d'une qualité que le groupe n'a plus jamais atteinte. Le final revint toutefois à un répertoire plus récent. Je ne suis pas loin de croire que c'était la meilleure prestation du groupe que j'ai vu, en tout cas la plus triomphale.
Echoes To Come/ Carriers of the Plague/ Forward to Submission/ Euphorinasia/ Ob(Servant)/ The Colour of Sleep/ The World Discarded/ Cold



Depuis le temps que je suis DYING FETUS, je ne les avais jamais vus devant si belle affluence. Le temps d'installer des drapeaux de scène et d'ultimes réglages (Gallagher porte des lunettes, je n'avais jamais remarqué), suivit enfin une intro assez kitsch faisant série télé années 80… et le carnage commença. Le trio de tueurs du Maryland s'est cette fois concentré sur ses deux derniers albums, qui ont formé le gros du programme. Le public demeura tout d'abord statique, peut-être en raison de l'attaque du set sans effet spectaculaire particulier. John Gallagher s'inquiéta donc de savoir si nous étions réveillés. Mais le headbang contamina peu à peu l'assistance, symptôme inhérent à l'abus massif du mélange de Death et de HardCore East Coast qui est à la base des recettes de Dx Fx, incomparablement plus dense que ce qu'on appelle couramment le DeathCore. Et cela dégénéra assez vite à nouveau par la réapparition de la fosse, encore plus violente qu'avant.
Bien sûr, Sean et John bougent moins qu'à la vieille époque, les projections de sueur sur le premier rang ne sont plus à l'ordre du jour d'autant que la salle est bien trop grande pour devenir une étuve. Pendant quelques intermèdes meublés par des enregistrements atmosphériques oppressants, les deux compères passaient brièvement derrière les tentures. Si Beasley assure quand même une bonne partie des vocaux, les moins graves, la rigueur de John à restituer les riffs, ponts et quelques envolées est remarquable. Il attaque toujours la corde par le haut, ce qui rend chaque note distinctement audible dans le déluge, si intense qu'on jurerait qu'il y a une seconde guitare.
Le larsen persistant gênait la bonne compréhension des harangues entre deux morceaux, bridant la réactivité aux invitations diverses, à part pour les fréquents circles-pit suggérés d'un tour de bras. Les quelques titres plus anciens étaient présentés un peu plus longuement par un John décidément aussi bourru que sa musique. Le stage-diver qui sur la fin, fit une révérence à chacun des trois parvint néanmoins à lui décrocher un sourire et une réponse de Trey Williams de derrière sa batterie surélevée. L'orientation de la setlist sur la période récente n'était pas regrettable, vue la qualité des deux derniers albums et l'homogénéité du répertoire sur presque un quart de siècle déjà. L'heure de jeu approchant, la bataille s'acheva sur le classique "Praise the Lord" au groove éternel, et le culte et court "Kill your Mother" à la suite pour achever les derniers survivants à terre levant pathétiquement leurs bras rompus…

From Womb to Waste/ Fixated on Devastation/ Grotesque Impalement/ Induce Terror/ Your Treachery Will Die With You/ One Shot, One Kill/ Subjected to a Beating/ Invert the Idols/ Seething With Disdain/ In the Trenches/ Wrong One to Fuck With/ Praise the Lord (Opium of the Masses)/ Kill your Mother, Rape your Dog.

L'orga est coutumière de balancer tout de suite en fin de concert un fond musical antynomique, propre à faire fuir n'importe quel métalleux, pour faciliter l'évacuation. Cette fois ce fut Kool and the Gang ! N'en ayant cure j'ai fait un tour au stand pour prendre un peu de musique (j'ai assez de t-shirts) avant de ramasser mes cervicales éparpillées et me diriger vers le parking vue l'heure tardive.
Clairement, c'est l'une des meilleures tournées de pur Death Metal que j'ai pu voir en vingt ans de concert et peu de gens auront oublié cette soirée de longtemps. Une suite homogène va pourtant très vite venir.

samedi 11 novembre 2017

Peter Hook and the Light Paris Trianon 28 octobre 2017

Quelques semaines seulement après MetallicA nous reprenions le TGV pour une autre affiche de prestige qui avait le bonheur d'être programmée un samedi ! L'ancien bassiste historique de Joy Division et New Order était déjà passé dans ma ville il y a presque quatre ans, et même en ayant vu dans l'intervalle ses anciens compères l'envie de revivre cela me titillait bien pour lors.
Ce "Substance Tour" vise donc à promouvoir le nouveau livre de mémoires de Hookie reprenant l'intitulé des deux compilations survolant l'histoire de ses groupes, ce qui laissait présager de la setlist.
Après une longue queue je pénétrai dans l'une des salles de Pigalle que je ne connaissais pas encore, le Trianon, ancien grand théâtre qui a conservé ce cachet art nouveau, essentiellement dans la salle proprement dite, bien proportionnée avec ses deux balcons. Pendant qu'un Jésus-Christ reconverti DJ envoyait quelques vieux classiques du Post-Punk plus ou moins remixés, il y avait du temps à perdre avant d'aller se placer. Comme on devait s'y attendre, l'assistance était largement quadra et plus, souvent revêtue des diverses déclinaisons existantes de la jaquette iconique d'"Unknown Pleasures", avec quelques vrais gothiques à l'ancienne visibles. Cela sentait les quartiers est, mais heureusement pas l'abonné aux Inrocks dans toute sa prétention. Et puis quelques lycéens en bande laissaient espérer que le bon goût survivra encore quelques générations. Pour la blague, j'étais apparemment le seul habillé aux couleurs des Sisters of Mercy ce qui m'a valu une paire d'amis à usage unique.

Un peu en avance, quelqu'un de la maison s'avança au micro pour annoncer PETER HOOK AND THE LIGHT, à l'Américaine, comme s'il était besoin de pousser le public massé. Les premières notes de "Dreams Never End" s'élevèrent, rendues cristallines par un son parfait, pour ouvrir un premier set consacré à New Order. Tubes connus et raretés s'enchaînèrent ensuite, pour le plaisir des vieux fans. Hookie a un charisme rogue certain, offrant sa poitrine et son chant juste qui n'a jamais été exploité en studio, peut-être pour un manque de grain qui n'est pas gênant en live. S'il portait une guitare ou le plus souvent une basse en bandoulière pour appuyer certains passages, c'est en réalité Ian Bates - son fils issu de son premier mariage -  qui assurait l'essentiel du travail à la basse. Il la tient bas, et se montrait aussi peu commode que Papa. Cette ressemblance dans l'attitude, plus forte encore que celles des visages, donnait une illusion de double rajeuni assez insolite. Le père a d'ailleurs encore besoin d'un lutrin avec un cahier de paroles à ses pieds, plus pour se rassurer que pour être le nez dedans heureusement. Pour un sexagénaire il en remontre à la concurrence avec une énergie entièrement canalisée dans le jeu : nulle pitrerie et très peu de communication, cette austérité bénéficie pleinement à ces morceaux légendaires.
Une version courte de "Blue Monday" permettait au claviériste de se laisser un peu plus entendre de derrière son Mac, et d'ouvrir une seconde phase consacrée aux singles plus Disco Rock, bourrés d'effets, qui ont fait le succès de New Order dans toutes les boîtes des années 80. Et si on pouvait s'attendre aux incontournables, joyeusement pataud "Bizarre Love Triangle" et fastueux "True Faith", il fallait profiter des plus rares tel "Thieves Like Us", ou des tubes impensables de nos jours comme  "The Perfect Kiss". Alors qu'ils sont essentiellement rythmés à la BAR, le batteur Paul Kehoe ne quitta pas son poste puisqu'on lui laissait quelques cymbales supplétives ou compléments à la grosse caisse gérés d'un talon désinvolte et l'esprit apparemment ailleurs à moins que ce ne fût pour le spectacle. L'autre ex-Monaco, le guitariste David Potts, assura sur ces titres les vocaux les plus hauts depuis son côté. En en une dizaine de titres tassés avec un son ultra pro', il y avait la place de s'immerger longuement dans l'ambiance révolue d'une époque particulière, à l'unisson de la salle et d'un plancher qui tanguait pire qu'au Rockstore ! Pour quelqu'un qui confesse n'avoir pas d'oreille, Hookie se tournait tout le temps vers le mixeur en coulisses pour lui ordonner de pousser ou baisser tel ou tel instrument selon les titres. L'heure et demie de jeu approchant, un "1963" moins endiablé apaisa légèrement les esprits pour conclure ce set anthologique !

L'interlude fut presque aussi long qu'entre deux vrais groupes, assez pour que le staff meuble le fond sonore.
Quand les cinq Anglais revinrent, un sentiment quasi religieux traversa la foule un instant : nulle autre formation n'incarne plus parfaitement le souvenir de Joy Division. Et selon la promesse Hookie et ses sbires nous ont emmenés aux racines de la légende, par la facette la plus Punk, restituée avec rage, par la montée irrésistible de "No Love Lost" et son refrain si à propos : "I Need it !". Le Gothique redevenait dur et physique, ça pogotait allègrement, la bière volait, de faces b ravageuses en titres archi-connus un peu plus chargés d'émotion comme "Shadowplay". Le timbre de Peter correspond encore mieux à celui de son défunt ami que sur le précédent répertoire, on pouvait se croire il y a quarante ans. Même l'antique "Warsaw" ressuscitait, et le public de reprendre "3 ! 1 ! G !".
Quelques titres plus lents comme "Komakino" ou "Autosuggestion" relâchaient peut-être la pression physique mais pas l'intensité de l'expérience. De légers réarrangements ici ou là, une brève descente de toms ou une baisse de puissance pour ménager une montée en suivant, sont des effets basiques. Mais ils redonnaient vraiment vie à tous ces titres mille fois auditionnés depuis des lustres, qui se sont figés dans les mémoires comme des statues antiques, dont la beauté est tellement familière qu'on ne la voit plus si bien. C'est le miracle du live : ainsi l'enchaînement de "Transmission" et d'un hypnotique "She's Lost Control" touchait au trip mystique du vieux fan de Rock.
Pour l'instrumental "Incubation", Hook eut l'élégance de s'effacer, quitter la scène pour que ses partenaires puissent se mettre pleinement en valeur. Venait enfin "Atmosphere" dédié à Curtis, encore un titre majeur que je n'avais jamais pu entendre sur aucune scène ; et un évident "Love will Tear Us Apart" fédérateur, la scie inusable alliant idéalement mélancolie et énergie au terme duquel Peter fit mine, comme à chaque fois, de jeter son t-shirt (trempé) à l'effigie de son groupe.
Ce long concert (notamment par rapport à ma première fois) est allé fouiller en profondeur dans les œuvres des deux formations, pour le bonheur intégral du fan. Finalement, The Light se pose en bon complément d'un New Order certes encore tourné vers la création, mais fortement Dance Pop et revenu à négliger ses origines. Si la réconciliation n'est pas à l'ordre du jour, il est bien que les parties aient trouvé un accord terminant leur différend.
Dernière chose : si vous trouvez que je m'égare, vous devriez être rassurés dans les prochaines semaines.

Dreams Never End/ Procession/ Cries and Whispers/ Ceremony/ Everything's Gone Green/ Temptation/ Blue Monday/ Confusion/ Thieves Like Us/ The Perfect Kiss/ Subculture/Shellshock/ State of the Nation/ Bizarre Love Triangle/ True Faith/ 1963.

No Love Lost/ Disorder/ Shadowplay/ Komakino/ These Days/ Warsaw/ Leaders of Men/ Digital/ Autosuggestion/ Transmission/ She's Lost Control/ Incubation/ Dead Souls/ Atmosphere/ Love Will Tear Us Apart.

jeudi 26 octobre 2017

Anathema Alcest Paloma Nîmes 14 octobre 2017

La curiosité et l'amitié de certains vrais fans m'ont amené à faire le court trajet vers la Paloma pour cette affiche éthérée assez éloignée de mes goûts. Autant j'ai beaucoup vu The Gathering à la grande époque et assez apprécié leur musique, Anathema me touchait largement moins et je n'ai plus tellement suivi ce qu'ils faisaient, même de loin. Bref, l'occasion de s'aventurer un peu sans réel danger sur une valeur connue pour sûre.
Bien d'autres sont restés avec eux depuis l'époque, vue la longue queue à la fouille. Car malgré vingt ans d'évolution ce public restait très typé Metal, mélangé à un peu de kawaii noir et quelques vrais gothiques. Un vrai succès public, étant entendu que le groupe s'est bien éloigné de tout cela en théorie. La grande salle, bien faite, pouvait accueillir ce quasi complet sans aucun mal.

Ceci dit nous étions arrivés juste à temps, ALCEST commençait son set, en formation à quatre. Dans force fumée et éclairages. Le set attaquait par des titres récents, les plus versés vers le Shoegaze, avec un son impeccable et une batterie sonnant même bien fort, préservant ainsi un minimum de puissance au rythme et permettant de confirmer l'existence du batteur, souvent perdu dans les limbes à l'arrière à l'instar du logo surplombant haut la scène. De fait, l'ambiguïté entre deux styles aux histoires fort éloignées prend une certaine cohérence esthétique, malgré les longueurs que le Shoegaze pur porte toujours avec lui. L'emploi régulier du français renforce la douce froideur atonale de cette facette acoustique. Et plutôt que de se focaliser sur ces paroles de peur d'être consterné, il valait mieux examiner plus attentivement que jamais ces mélopées et de constater qu'en réalité il y a aussi beaucoup de Sigur Ros dans ce profil. Le Grand Nord restait également présent quand les montées atteignaient enfin le Black (dans une version cependant propre sur lui) au long des compositions à prétention monumentale, un souffle épique tonifiait enfin les émotions délayées. On comprenait l'une des voies par où le Black français fascine le reste du monde. Du reste, une bonne part du public réagissait tout à fait. Neige aussi était connecté, ému de jouer pour la première fois de sa carrière aussi près de sa ville natale (Bagnols-sur-Cèze). Pour ma part… j'ai sans doute perdu depuis trop longtemps mon âme d'enfant, et encore je doute que cet audacieux croisement aurait marché à mon époque. Je regrette pour le spectacle l'emploi de samples, par exemple sur la fin du set et l'interminable délaiement de "Délivrance".

Vous pouviez aller faire un tour au merch' si vous vouliez, il était assez fourni. Nous, l'urgence était plutôt à la faim et la soif.

ANATHEMA entra dans la pénombre et le sillage de Dan Cavanagh, clope au bec et casque de retour sur la tête, sous des acclamations qui ne tarirent guère sur les premiers titres tirés du dernier album, chantés par un Vince assez à fond sur sa guitare malgré une musique qui à première vue n'y porterait guère. Question de conviction, en fait. Franchement légers, ils en tiraient au moins l'avantage d'être lisibles dès la première rencontre. Cela laissait le loisir de s'immerger dans l'important accompagnement visuel, franchement cinématique qui dura tout le long du spectacle : ciels nuageux, conduite sur des routes dans fins, voyages spatiaux… Cela avait une pure gueule d'Atmosphérique. Vince profita d'un interlude pour essayer son très bon français, effort poussé à un niveau jamais vu pour ma part de la part de n'importe quel artiste non francophone. Heureusement la jaquette d'"A Fine Day to Exit" apparut tout à coup et le set vira vers des titres plus anciens, retrouvant enfin un peu de cette tension nécessaire (à base métallique malgré tout) pour emballer. Avec ces illustrations visuelles et ces éclairages pleins par-dessus, nous étions confortablement assoupis dans le meilleur Floyd… Si Daniel avait son clavier devant lui sur son côté, Vincent devait monter à l'arrière-scène pour ses propres parties, plus élaborées en moyenne, laissant un vide assez inhabituel au centre de l'estrade. Mais peu importait, la musique était tant apaisante et lumineuse qu'une telle futilité ne pouvait guère troubler. Certains étaient en larmes. Sans en arriver là, j'accorde depuis longtemps à Anathema d'avoir su conserver son Rock Progressif très épuré, à l'instar de son modèle.
Seule Lee Douglas représentait l'autre fratrie composant le collectif, mais selon Daniel l'absence de John était simplement due à des impératifs familiaux. Le chant puissant et clair de Lee apporte une dimension supplémentaire, même s'il n'a pas le grain unique d'une Anneke. Jamie, le troisième frère roux, restait assez discret de son côté. Le set, parsemé de ces quelques plaisanteries à l'anglaise que le groupe a toujours eu l'intelligence de cultiver comme pour éviter que l'on prenne trop au sérieux une musique aussi typée, s'avança jusqu'à des morceaux un peu plus originaux comme celui relativement excité avec le vocoder qui est, de mémoire, tiré d'"A Natural Disaster". Reste que… si je ne dirais pas qu'être batteur d'Anathema est une sinécure, Cardoso est loin de devoir supporter autant de pression que ses camarades, fatalement. L'on atteignit le terme avec "Fragile Dreams", que Dan amena par une introduction piquée ouvertement à Pink Floyd (mais de quel titre exactement je ne saurais plus dire), l'interprétation globale ramenant même le morceau vers le style définitif du groupe plutôt que respectant très fidèlement le feeling un peu plus énergique de cet album. Les adieux se tinrent sous le son déroutant d'un mix entre Louis Armstrong et Radiohead, qui sentait bien la blague échangée en studio et mise en pratique pour la tournée. L'humour sauvera le monde.

Je ne suis pas rentré converti, mais j'ai trouvé Anathema à peu près comme je m'y attendais et donc assez satisfait de cette petite escapade comme chez un vieux voisin qu'on ne fréquente pas d'habitude. D'autres sont revenus très heureux.

mardi 17 octobre 2017

Today is the Day Fashion Week Black Sheep Montpellier 10 octobre 2017

Après nous être aventurés dans les grandes métropoles, nous revenions à la maison pour une affiche prestigieuse dans ce cher vieux Black Sheep. Today is the Day était déjà passé il y a deux ans pour un set explosif inoubliable, et d'autres fois il y a plus longtemps encore. Ce groupe a compté dans l'inspiration de la scène locale. Malheureusement, l'affluence n'a pas suivi pour des raisons qui m'échappent. Je ne veux pas croire que ce soit simplement à cause du football. Mais peut-être plus à cause de l'absence de première partie locale, le public languedocien pouvant être considéré aussi comme une vaste bande de gens qui aiment bien se regarder jouer les uns les autres. Naturellement, le set commença donc assez tard pour qu'il y ait un peu de monde quand même, ce qui laissait le temps de bien regarder un merchandising assez fourni pour ne pas pester contre l'absentéisme.

En ouverture le trio chevelu FASHION WEEK arrivait de New York comme entrée homogène, lancé par la batterie seule peu à peu rejointe par les autres instruments, je croyais qu'on testait les balances au début. Il s'agissait de pur Noise HC dans la lignée d'Unsane, mais avec un accordage sensiblement plus grave pour la guitare. La basse, dans cette configuration, jouissait d'un bon espace sonore pour imposer son fuzz équilibré. Le guitariste assurait le chant, essentiellement un cri aigu suggérant beaucoup de souffrance avec un timbre similaire au Black suicidaire à la Silencer, assez curieusement. Il se tenait loin du micro pour s'obliger à se pencher dessus et favoriser ce rendu. Régulièrement, des passages parlés voire chuchotés relâchaient la pression. Les titres s'enchaînèrent plaisamment, dans la pure orthodoxie du genre mais en privilégiant un peu plus la noirceur sur l'agressivité pure. Un coup d'harmonica L'assistance de connaisseurs accrocha à ce matériel de qualité et se décoinça peu à peu, une poignée de jeunes s'agitèrent, ce qui permit au chanteur dans ses rares commentaires de faire preuve d'un humour pince-sans-rire inattendu. On atteignit ainsi les trois quarts d'heure sans ennui, on n'en attendait pas tant.

J'ai beaucoup de respect pour TODAY IS THE DAY, entité rattachée à la Noise pour mieux en éclater les frontières selon son inspiration. En accord avec les paroles une vraie folie se dégage d'un répertoire fourni et assez génial au vu de la qualité d'écriture. Le pauvre Steve Austin était cette fois coincé du dos et contraint à une attitude plus en retenue, rendant la prestation plus menaçante qu'en 2015 et montrant ainsi mieux cette autre facette de son œuvre.
Cette tournée célébrait l'anniversaire de l'album "Temple of the Morning Star" qui fut donc repris en intégralité pour former l'essentiel du set. TITD oscille entre Noise, Metal plutôt Sabbathien, HC et Rock dans une tension constante et une créativité comme en n'en fait plus. Certains riffs sont franchement remarquables. Les nombreux samples parlés accroissent l'impression de dérangement mental gagnant par les oreilles. Le trio modifia plusieurs fois la répartition des instruments, certains titres n'ayant pas de guitare, beaucoup comprenant des bidouillages subtils au synthé que le bassiste assurait. Le batteur, dans son t-shirt de Joy Division, se contentait de taper fort sur des parties pas toujours simples. La variété était favorisée aussi par le format court des morceaux. Bien sûr, quelques titres tirés d'autres albums vinrent compléter le set, amenant certains purs fans au paradis. Le son, d'ailleurs, était encore une fois parfait. Arrivé au terme, Austin se lança dans de longs remerciements puis, comme l'idée lui vint, dirigea sa troupe pour une reprise fidèle et impensable de Johnny Cash… chanté par un type arborant, lui, un t-shirt à l'effigie de la pochette de "To mega therion", ce morceau de country rapide prenait une saveur unique, de celles que seuls de vrais grands artistes peuvent donner en croisant les styles selon leur intuition propre. Un projet unique, dont j'ai encore découvert ce soir des aspects que je saisissais mal, à revoir donc si Dieu le veut. En espérant que dans un avenir proche, nous revenions aux affluences de la grande époque pour des groupes de ce calibre.